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Le blog d'Europe hebdo 8 juin 2010 Royaume-Uni : plus près de l’Europe, sans le savoir ?par Sylvie Goulard
D’abord, il est extraordinaire que les électeurs soient parvenus à ébranler un système électoral entièrement conçu pour favoriser le bi-partisme. La première leçon à tirer de ce scrutin, c’est que le désir de changement ait été plus fort que la tradition. La mobilisation a été large. Le LibDem a su séduire les jeunes et les régions périphériques. Après des années de gouvernement travailliste, les votants auraient pu se contenter du coup de balancier prévisible. Ils ont pris le risque de disperser leurs voix. Au-delà de la volonté de ce gouvernement de réformer le mode de scrutin, la seule arrivée au pouvoir d’une coalition change la donne pour l’avenir. Ensuite, ce changement n’a pas produit le tremblement de terre annoncé. Nul ne sait si cette coalition sera viable mais le « hung Parliament » n’a pas entraîné le pays dans le chaos prédit. Les négociations sont allées vite, incroyablement vite même, quand on connaît le temps nécessaire, en Allemagne ou en Autriche par exemple, pour constituer ce type de gouvernement. La crise majeure qui frappe le pays, l’intérêt mutuel de deux partenaires jeunes en quête de crédibilité, leur souplesse ont permis de passer en quelques jours des insultes aux sourires. Cette réactivité est sans doute un rien cynique mais elle est aussi, dans un contexte nouveau pour le pays, tout à fait remarquable. Et le signe de la force d’une démocratie peut-être brutale mais où l’on ne joue pas avec le respect des urnes. Enfin, aucun des deux principaux leaders, le travailliste Gordon Brown, et le conservateur Cameron n’était tout à fait au goût des électeurs : le premier trop usé, et dépourvu de charisme, le second trop neuf et trop à l’aise, jusqu’à l’arrogance. Dans ce contexte, Nick Clegg, le troisième homme, est apparu neuf et frais. Son résultat médiocre (- 5 sièges en dépit de sondages flatteurs) montre toutefois qu’il ne s’agissait pas non plus d’un raz-de-marée en sa faveur. Le scandale des notes de frais de la précédente législature a créé un climat de méfiance envers les membres du Parlement. Les électeurs ont réparti leurs œufs dans différents paniers. Mais sans doute cette élection a-t-elle aussi quelque chose à voir avec l’Europe. Si le ton des tabloïds reste d’une rare virulence, si la désinformation sur l’UE continue, au Royaume-Uni, d’atteindre des sommets, le pays n’en demeure pas moins traversé de doutes. Refoulés, ils n’en sont pas moins réels. La mondialisation déclasse tous les pays d’Europe, la France, l’Allemagne mais aussi le Royaume-Uni. Dans le même temps, la crise financière a frappé Londres de plein fouet. Une lézarde court désormais dans le dogme du marché auto-régulé qui, deux décennies durant, a fait la fortune des financiers britanniques. Le rejet de l’Europe est toujours là et bien là mais ce sont souvent des déclarations d’autant plus tonitruantes qu’elles ont moins de prise sur la réalité. Barack Obama regarde vers l’Asie ; il appelle à l’aide sur l’Afghanistan. Il n’a pas de temps à perdre à discuter avec 27 gouvernements incapables de s’entendre. La « relation spéciale » n’est pas remise en cause mais déjà, elle perd de sa valeur. La guerre en Irak a traumatisé les opinions, tout comme le nombre de morts en Afghanistan. Déjà en 1989, avant la chute du mur, les Américains avaient compris que le leadership européen se déplaçait vers l’Allemagne. Le poids de ce pays n’a cessé de s’accroître et c’est en appelant Mme Merkel qu’Obama a aidé à éteindre le feu grec. Londres compte encore naturellement, mais de moins en moins. Enfin, tous les pays européens sont sottement devenus adorateurs du Dieu intergouvernemental. Qu’est-ce qui distingue un conservateur britannique d’un élu bavarois de l’aile extrémiste de la CSU ou des gaullistes français qui continuent d’affirmer leur confiance dans l’Europe des États ou, version édulcorée mais non moins nocive, « la coordination » ? Pas grand chose. La même illusion les unit, de pouvoir s’en sortir en se raccrochant au radeau national ou régional. Le même dédain pour les institutions. La même manie des « lignes rouges ». Sans doute le nouveau ministre des affaires étrangères, William Hague (conservateur) appartient-il au courant anti-européen pur et dur mais George Osboorne, le chancelier de l’Échiquier a choisi l’esquive plutôt que l’affrontement (du moins lors du premier test vécu récemment, à propos du texte sur les fonds alternatifs encours d’examen au PE et au conseil) ; l’attribution à un LibDem, ancien député européen, Chris Huhn du portefeuille du changement climatique est assez révélatrice du climat. Les Britanniques ne deviennent pas des fédéralistes européens mais ils mesurent ce que l’UE apporte comme force et capacité d’entraînement sur ce type de sujet. Au fil des mois, M. Cameron a mis de l’eau dans son vin anti-européen. Il ne ferait peut-être plus aujourd’hui l’énorme erreur d’hier consistant à retirer ses députés du puissant groupe PPE du PE ; avec bruit et fracas, il a alors donné satisfaction à son aile radicale mais il a sacrifié une part d’influence. Sur les questions financières, il le paie déjà cher. Plus question de referendum contre le traité de Lisbonne, et encore moins d’activer la nouvelle clause du dit traité qui permet désormais à un pays de sortir de l’UE. Au pays de Galle, en Écosse, on apprécie les fonds structurels. Les riches propriétaires terriens britanniques n’ont jamais craché sur l’argent de la PAC diabolisée par les médias. Et la City sait trop ce qu’elle doit à l’existence de l’Euro et du marché intérieur. Ainsi, le fossé semble appeler à se perpétuer entre une rhétorique anti-européenne récurrente et une réalité beaucoup plus complaisante envers Bruxelles. Cela ne suffira pas pour faire une politique européenne forte. Mais cela évitera peut-être des excès. Si David Cameron et Nick Clegg se neutralisent mutuellement, ce sera bien sur le sujet européen. C’est déjà un début. Envoyer un commentaire4 Commentaires |
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