Le blog d'Europe hebdo

24 novembre 2009

Condamnés sans procès ?

par Charles Bricman


On est bien d’accord que le tandem placé par les vingt-sept à la tête du Conseil européen n’est pas le plus glamour qui se puisse concevoir. C’est peut-être dommage pour les médias toujours avides de strass et de paillettes. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose pour l’Europe.

Comment voulait-on d’ailleurs qu’il en allât autrement ? Dès lors qu’ils devaient être désignés par le Conseil européen lui-même, et non par les électeurs, il devenait impensable que le Président et le Haut Responsable aux Affaires étrangères pussent, au seul appel de leurs noms, faire de l’ombre aux quelques ténors et nombreux ténorinos qui composent l’auguste assemblée des vingt-sept chefs d’État et de gouvernement.

C’est comme ça, je n’y reviens pas.

Le déluge de critiques et de propos dénigrants lancés à la tête de M. Van Rompuy et de Lady Ashton avant même qu’ils aient pris leurs fonctions n’en est que plus choquant, venant de censeurs qui doivent bien reconnaître qu’ils ne connaissent ni l’un, ni l’autre, et seraient donc bien en peine d’appuyer sur le moindre fait leurs implacables et flamboyants réquisitoires. Aux cibles de leurs quolibets, ils ne peuvent imputer, au fond, que de n’être pas déjà du sérail. C’est à ce jour leur seul forfait.

Passe encore qu’on s’étonne, qu’on affiche des réserves, voire même qu’on témoigne d’un certain scepticisme. Mais condamner sans preuves, prononcer l’anathème ? Comme ça, avec une telle virulence, sur ce qui ne peut être qu’une impression souvent mâtinée de frustration ? L’excès est si patent que la charge en devient insignifiante.

Et que dire alors des médias, euro-experts autoproclamés, qui enchaînent complaisamment et enchérissent à l’envi pour tenter de décrocher, comme au Grand Siècle, le prix de la plus méchante épigramme ? Pour l’honneur de la presse heureusement, quelques dissidents font entendre autre chose, Luc Rosenzweig, par exemple, qui écrit sur un blog, en connaissance de cause, qu’ « il n’est pas sûr que ce Van Rompuy n’étonne pas son monde, amenant ceux qui le moquent aujourd’hui à faire amende honorable, ce qui serait nouveau ».

Ceux qui connaissent le nouveau Président du Conseil savent en effet de lui que s’il n’a guère le goût du spectacle, il tire par contre de sa connaissance des hommes et des dossiers un singulier talent pour la fabrication de compromis qu’on croyait improbables. Cela peut paraître manquer de panache. Mais c’est efficace. Et c’est peut-être ce dont l’Europe a besoin pour donner du corps à ses rêves.


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