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Le blog d'Europe hebdo 9 décembre 2009 L’Europe, ses racistes et ses islamistespar Caroline Fourest
Sommes-nous condamnés à être pris en tenaille entre les « idiots utiles » de l’intégrisme habile et les tenants d’une vision rance de la Nation ? On pourrait le penser en regardant certains duels télévisés. Pas seulement en France, mais en Europe. La mode consiste à organiser des face-à-face entre islamistes sulfureux et nationalistes nauséabonds. La recette a fait ses preuves : pour gonfler à la fois l’audience et les extrêmes. Avec un peu d’habileté rhétorique, les ambassadeurs d’un islam intolérant parviennent à occuper l’espace médiatique au détriment des musulmans laïques, mieux, à les faire passer pour de « faux » musulmans. Les citoyens se demandent où sont passés les esprits libres de culture musulmane. Les populistes n’ont aucun mal à les convaincre que tous les musulmans sont… des intégristes. Les émissions à sensation ne sont pas les seules responsables de ce glissement. La tétanie avec laquelle les politiques nuancés ou progressistes abordent ces sujets facilite la fuite vers les extrêmes. Ce n’est pas un hasard si les partis populistes font des percées en Suisse, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Dans ces trois pays, on a trop longtemps toléré l’islam intolérant au nom du multiculturalisme. Le retour de flamme a une couleur illusoire mais rassurante : « le bon vieux temps… monoculturaliste ». Le danger ne vient pas d’une extrême droite caricaturale, mais de partis libéraux et populistes, qui captent une inquiétude légitime envers l’islamisme, et la transforment en peur de « l’islamisation ». Ces dernières années ont connu la percée de trois partis populistes européens ayant fait campagne sur ce thème : le Parti national britannique de Nick Griffin en Grande-Bretagne, le Parti de la liberté de Geert Wilders aux Pays-Bas et l’UDC de Christophe Blocher en Suisse. Comment en est-on arrivé là ? Le cas Tariq Ramadan, qui a divisé le débat publique dans ces trois pays, aide à comprendre en quoi l’aveuglement face à l’islamisme habile facilite la propagande nationaliste. Après des mois d’hésitations, la mairie de Rotterdam a dû se rendre à l’évidence : l’orientation idéologique de Tariq Ramadan n’est pas compatible avec le poste de « conseiller en intégration et en multiculturalisme » qu’elle avait cru bon de lui confier. Il lui aura fallu des mois de polémique pour entendre raison. L’alerte a notamment été donnée par des associations gays et lesbiennes, inquiètes de ses positions pudibondes et homophobes. Comme celle où Tariq Ramadan explique que, pour l’islam, l’homosexualité « révèle une perturbation, un dysfonctionnement, un déséquilibre ». Jusqu’ici, le prédicateur s’en est sorti par une pirouette. En profitant d’une autre citation, sortie de son contexte, pour nier tout en bloc. Comme souvent, des journalistes ont recopié ses communiqués, sans vérifier. À les croire, ces propos sur l’homosexualité « n’ont jamais pu être prouvés ». Faux. La phrase qu’on lui reproche est parfaitement exacte et provient d’un livre intitulé Peut-on vivre avec l’islam ? (éditions Favre, 2004, p. 152). Et contrairement à ce que dit maintenant Tariq Ramadan, elle est représentative de sa pensée sur le sujet, qui ne va pas jusqu’à considérer les homosexuels comme des malades mais considère bien l’homosexualité comme une déviance inacceptable qu’il faut « orienter ». Dans d’autres écrits et d’autres conférences, Tariq Ramadan prend position contre les mariages mixtes entre une musulmane et un non-musulman, interdit à ses fidèles d’aller dans des piscines mixtes, parle de la sexualité hors mariage comme d’une « abomination », fustige l’islam moderniste comme un « islam au rabais, un islam… sans islam » et glorifie Hassan Al-Banna, le fondateur du mouvement totalitaire des Frères musulmans, comme un modèle à suivre. Son positionnement, complexe à décrypter, est assez simple : faire passer l’intégrisme politique pour un juste milieu entre l’islam salafiste et l’islam moderne. Ce qui revient à faire passer l’islam progressiste pour un extrême, et à demander aux pouvoirs publics de soutenir un islam intolérant et réactionnaire en guise de moindre mal. Déjà vingt ans que cela dure. En Suisse, dans les années 1990, des journalistes l’ont porté aux nues comme un modèle d’intégration… Avant de déchanter. Notamment lorsqu’ils réalisent la sympathie dont bénéficie le Front islamique du salut (FIS) parmi ses troupes. Ramadan se concentre alors sur la France, jusqu’à ce que son « double discours » soit démonté. Depuis, il a pris sa revanche en Angleterre et en Belgique, partout où l’intégrisme s’épanouit à l’ombre du droit à la différence. Quitte à nourrir un retour de flamme populiste et xénophobe chaque fois que la tolérance s’avère abusée. En l’occurrence, à force de faire la sourde oreille, la mairie de Rotterdam a nourri le populisme anti-islam d’un Geert Wilders. Elle a cru à des accusations racistes. Elle se réveille en découvrant que son « médiateur » anime une émission hebdomadaire sur Press TV, une chaîne anglophone financée par le gouvernement iranien. On ne trouve pas l’ombre d’une critique envers le régime dans ces émissions diffusées avant, pendant et après la fraude électorale. Le 18 juin, alors que plus d’un million d’Iraniens bravent l’interdit pour réclamer des élections libres et non truquées, Tariq Ramadan s’inquiète du score des listes populistes aux élections européennes… Son émission commence par un clip annonçant le retour du nazisme européen, comme dans les années 1930. À l’époque, il visait l’ « immigration » nous dit le sujet (le mot « juif » n’est pas prononcé). Aujourd’hui, il viserait les musulmans Le message colle parfaitement à la paranoïa anti-occidentale de Press TV, destinée à relayer la propagande iranienne auprès du monde anglo-saxon… Visiblement, la chaîne connaît mieux le message de Tariq Ramadan que la mairie de Rotterdam. Cette dernière vient de mettre fin à son salaire. Comme à son habitude, le télé-prédicateur ne manque pas d’attribuer ses ennuis à la montée d’un climat “islamophobe”. C’est pourtant tout le contraire. La peur du racisme lui fait gagner du temps. Si Tariq Ramadan était chrétien, son masque tomberait plus vite. Aucune mairie de gauche n’a jamais eu l’idée d’embaucher un télévangéliste réactionnaire comme conseiller en « multiculturalisme ». Aucune télévision ne serait dupe de son discours, inodore en télé et radical sur le terrain. Mais heureusement pour lui Tariq Ramadan est musulman et peut continuer à faire croire qu’on le critique par racisme et non pas raison. Pendant, ce temps le vrai racisme monte. 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